Iran – De Na’in à Mashhad

Vous l’aurez deviné, L’Iran n’est pas le pays de la liberté d’expression ! Voilà les articles que vous auriez pu lire il y a quelques jours. On est désolé, ça manque un peu de photos mais on en a perdu une partie momentanément… La traversée du désert Dasht-e-kavir ne s’annonce pas si austère qu’on se l’imaginait. On traverse peu de villages mais il y a du monde sur les routes, c’est le grand départ des vacances de No-Rouz. La plupart des iraniens retournent dans leur famille pour fêter le passage à la nouvelle année. Dans cette période détendue, notre popularité sur la route augmente. Chaque jour des voitures s’arrêtent, le coffre rempli de thé, fruits et petits gâteaux, pistaches, nougats. C’est pas ici qu’on va perdre du poids ! Pour nos campements, on recherche le relief, c’est curieux comme il est difficile de s’installer au milieu de rien, on a besoin de murs, d’une montagne, d’un arbre pour s’abriter du vent, des regards, se cacher un peu. Mais lors de la traversée du lac de sel de Khour, point de relief. On « plante » la tente sur le pavage blanc, et tant pis pour le vent, on s’en accommodera parce que c’est beau ! Tous les 20 km, des panneaux nous avertissent « Attention Chameau ». Il nous faut attendre quelques jours pour voir les premiers. En petit groupe, ils mangent ce qu’ils trouvent et progressent nonchalamment. On peut s’approcher d’eux, ils ne sont pas très inquiets. On voit aussi quelques carcasses au bord de la route. Pas facile pour un chameau… Dans un virage, une oasis. Quelques parcelles d’avoine, un arbre et des maisons en terre abandonées. On explore les lieux : un bassin retient l’eau amenée du village voisin, il alimente tout un réseau de canaux d’irrigation entre les parcelles cultivées. Valliolah, le propriétaire des lieux nous rejoint et nous fait visiter, puis on l’aide pour l’arrosage. Pour finir, il nous invite chez lui. Il nous présente sa femme Mariam, et leurs trois enfants, tous doux comme des agneaux. Sauf Irfan le petit dernier, très occupé à poursuivre leur animal de compagnie, un oiseau du désert qu’on appelle kapk. Les plumes volent et l’enfant rit ! No-Rouz oblige, c’est le défilé de la famille. Tout le monde se réunit autour d’une belle table garnie de pistaches, fruits, bonbons, gâteaux, thé bien sûr… On discute avec les anglophones, du côté des hommes. Le lendemain, on visite les jardins collectifs autour du village, la cabane aux fleurs construite à flanc de colline par un cousin, on fabrique de nouvelles plaques pour nos vélos, découvre la lyophilisation du lait de chèvre pour sa conservation. Mariam nous impressionne à tisser un magnifique tapis, qu’elle vendra une misère à la ville voisine après deux mois de travail. On apprend quelques mots de français à Issa qui nous a promis d’être expert d’ici un an… Le vert des arbres détonne dans cette étendue désertique. A 15h, on finit par décoller, le ventre bien plein. L’Iran, un pays très safe… Après un mois passé dans ce pays, nous sommes en totale confiance. Tout le monde cherche à nous aider, à nous nourrir, à nous accueillir, nous n’avons croisé aucun esprit malveillant. Mais la police s’inquiète pour nous. Un soir, une voiture de police nous escorte sans vraiment nous aborder : ils roulent à quelques mètres derrière nous, à notre rythme. Lorsqu’on s’éloigne de la route pour camper ils nous suivent et tentent de nous décourager, c’est très dangereux ici, on dormira beaucoup mieux dans une mosquée de bord de route, un peu plus loin. On les congédie et ils lâchent l’affaire. Le lendemain soir, rebelote. On a dégoté un magnifique caravansérail pour passer la nuit mais une puissante lampe torche vient nous déranger en pleine installation : le policier est un peu pénible, on a du mal à s’en débarrasser. Il finit par s’en aller, en nous demandant de se présenter au poste le lendemain Le jour suivant, c’est le croissant rouge qui nous escorte jusqu’au poste de police suivant. Et cette fois, ils vont pas nous lâcher comme ça : tous les policiers de la région se sont mis en tête de se relayer pour nous escorter, pour notre sécurité. Ils sont très gentils, mais les contrôles de passeport à longueur de temps et la voiture de police en permanence dans le rétro, c’est pas notre tasse de thé. A croire qu’ils n’ont vraiment rien à faire. Pierre à bout de nerfs, finit par faire un scandale en plantant son vélo au milieu d’une petite route et exige de parler à un officier anglophone. Après quelques coups de fil, on nous amène une étudiante en langue qui se fait l’interprète des négociations. Encore une fois, ils ne veulent pas nous laisser camper. La discussion dure une bonne heure et notre détermination à ne pas bouger finit par les décourager. Ils semblent avoir enfin compris notre désir de tranquillité, on ne les reverra plus. Ce soir là, deux villageois qui ont assisté à la scène nous invite chez eux. L’alcool et l’opium tournent dans la maison, on est bien loin de la prison dorée ! Arrivée à Mashhad chez Frédéric et Atefeh, couple franco-iranien rencontré devant l’ambassade de France à Teheran. Ca fait plaisir d’avoir des discussions un peu plus élaborées que celles permises par notre maigre connaissance du farsi… On est choyé par toute la famille qui occupe quatre étages de l’immeuble, les petits plats et pâtisseries défilent ! On déguste un délicieux ab-gousht, plat traditionnel à base de mouton, pommes de terre et pois chiches, le tout en buvant du coca « parce que c’est plus traditionnel »… Ça manque un peu de rouge tout ça ! On fait une cure d’internet et d’ordinateur, décidément l’esprit du voyage ne nous a pas encore complètement envoûtés.

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Teheran – Vacances de vélo

Ambassade de France, de l’Ouzbékistan, de Chine, Consulat du Turkménistan, service des étrangers pour la prolongation de notre visa iranien. Il faut être le premier dans la file d’attente sinon on passe après des organismes qui viennent pour une cinquantaine de visas. On tente de soudoyer nos interlocuteurs en leur offrant des gâteaux, parfois ça marche, on réussit à gagner quelques jours de délai.

C’est l’occasion de prendre des vacances, de faire de grosses siestes et d’accompagner nos hôtes Solmaz et Mustapha dans les soirées iraniennes : l’alcool coule à flot, les voiles laissent place aux décolletés, la musique résonne toute la nuit dans les appartements et on danse jusqu’à épuisement ! On nous demande des démonstrations de danse, heureusement, le ridicule ne tue pas !

Tehran ne nous inspire pas beaucoup, c’est immense et bruyant, on préfère partir quelques jours en bus pour visiter Esfahan et Shiraz. La vie y semble plus douce, et le printemps est en avance. A Esfahan on est hébergé chez Reza qui nous présente sa famille et ses amis. Je passe entre les mains de Sohella pour une séance maquillage : Pierre et moi avons du mal à me reconnaître !

La plupart des femmes ici sont surmarquillées, aux visages souvent refaits. C’est très explicite à Teheran où on voit énormément de gens avec un pansement sur le nez, signe d’une opération récente.

Entre deux séances people, on visite une très belle église arménienne, le palais richement décoré de Chehel-Sotun, on admire les coupoles des mosquées et on se perd dans le bazar où les familles s’empressent de faire les dernières courses pour la fête de No-Rouz, la nouvelle année iranienne.

A Shiraz, on enchaîne la nuit de bus avec la visite de Persepolis, site antique vieux de 2500 ans. Puis on découvre la ville au ralenti, il va falloir qu’on finisse par dormir un peu.

Retour à Tehran pour la fête de chahar shambe souri, le dernier mercredi avant No-Rouz où des feux s’allument un peu partout dans les rues de la ville : pour se laver de ses péchers de l’année, on saute trois fois au-dessus du feu, c’est aussi simple que ça !

Nos visas en poche, on quitte la capitale en voiture, les vélos sur la galerie : Solmaz et Mustapha nous accompagne jusqu’à Na’in, sur la route de leurs vacances. On découvre avec eux le camping à l’iranienne : dans le parc de la ville, on met la tente sur le béton de préférence et on dort bien parce qu’on est en sécurité ici. Tellement bien que le lendemain matin, nos belles plaques d’immatriculation ont disparues…

Iran – De Maku à Teheran

Le 21 Mars, passage de la frontière. Après ces deux mois passés en Turquie, on a oublié ce que c’était qu’une douane. Et puis entre la Turquie et l’Iran, c’est pas n’importe quelle frontière. On se sentait bien en Turquie. La découverte de l’Iran nous semble très excitante mais nous inquiète un peu : va-t-on nous prendre notre ukulele à la frontière ? Comment va-t-on m’accueillir en tant que femme ?

La veille à Dogubayazit, on dépense les dernières turquish liras : une tunique taille 44 pour cacher mes fesses et des kilos de bouffe comme si il n’y en avait pas en Iran. 32km nous séparent de la frontière, il se met à neiger. Après avoir dépassé une file de 5 km de camions de toutes nationalités, on arrive à la grille, dont l’ouverture semble assez aléatoire. On avale une soupe dans la dernière lokanta de Turquie, le moment pour moi de me déguiser en iranienne avec cette magnifique chemise et ce voile qui me fait des œillères. Mais comment font-elles ??

La grille s’ouvre. Deux douaniers s’occupent de nous dans un hall surchauffé pendant que les vélos patientent sous la neige. Il n’y a pas grand monde et ça a l’air efficace. Sauf qu’on nous rappelle à quatre reprises pour des vérifications supplémentaires. La scène se déroule sous le regard des deux grands mollahs iraniens, feu Khomeni, au regard sombre et son successeur Khamenei, plus souriant. Le régime se serait-il assoupli ? Pas vraiment semble-t-il, il s’agit plutôt d’une opération de com.

Les deux compères

Enfin on nous libère. La nuit va tomber mais on se décide à rejoindre Maku, la ville la plus proche, pour ne pas croupir dans un hôtel miteux de la frontière. On jette un dernier regard en arrière pour saluer le mont Ararat, qui sort enfin sa tête des nuages. Ces 15 premiers kilomètres sont une épreuve : on navigue entre les dos d’ânes et les nids de poules, les voitures, les camions.
Arrivée à Maku. Il fait nuit, on entre chez un concessionnaire de voitures pour demander l’hôtel le plus proche. Une brochette de jeunes hommes nous accueillent à bras ouverts. On enchaîne tchaïs, partie de backgammon, photos de groupe, puis à l’étage apéro vodka-cola… c’est pas tout à fait comme on l’avait imaginé ! L’un d’eux nous retrouve dans une heure pour nous emmener au resto.

Sur le chemin de l’hôtel, une voiture s’arrête : Saeid a étudié en France et est ravi d’échanger avec nous. Il nous escorte jusqu’à l’hôtel et nous invite également ce soir, manger les fameux pieds de moutons…. Très peu pour nous, on lui donne rendez-vous pour le petit déjeuner.

Les iraniens sont accueillants, c’est rien de le dire et c’est que le début!

1er contact, apéro vodka-cola !

Au resto ou dans les maisons, on mange par terre

Le lendemain, pneu à plat, le début d'une longue série...

Le lendemain, pneu à plat, le début d’une longue série…

Ici on mange du lavash, sorte de pain-crêpe qui sèche en deux minutes lorsqu’on la déloge de son sac plastique. On dirait du papier bulle, il est vendu par sacs de 1kilo. Autant dire qu’on le mange souvent sec.

Ici on mange du lavash, sorte de pain-crêpe qui sèche en deux minutes lorsqu’on la déloge de son sac plastique. On dirait du papier bulle, il est vendu par sacs de 1kilo. Autant dire qu’on le mange souvent sec.

SUR LA ROUTE

On démarre notre séjour sous le soleil, l’hiver et la Turquie nous semblent déjà loin. Mais les premiers kilomètres sont effrayants. Beaucoup de circulation, des chauffeurs avides de vitesse et qui n’hésitent jamais à doubler : y aura bien de la place pour trois. On s’installe sur le bas-côté, pas toujours très confortable, et on serre les fesses. En Turquie, l’essence était si chère qu’on était souvent seul sur les deux fois deux voies. Ici le carburant ne coûte rien : les heureux propriétaires aiment sillonner les routes du pays.
Comme en Turquie, on nous encourage à coups de klaxons mais avec ce trafic démultiplié, on en prend plein les oreilles, et on n’a pas toujours le courage de répondre.

On peut relever trois principaux types de véhicules :
– la 405 Peugeot. Blanche ou grise, y en a partout. Toutes les autres voitures sont des imitations.
– la camionnette bleue. A un, deux ou trois étages. On peut tout y transporter : brebis, vaches, ânes, chevaux, électroménager, canapés, fruits et légumes, poutres métalliques bien trop longues, bois, sacs de graines…
– les longs camions transporteurs de gros cailloux numérotés. Ça reste un mystère.

Et puis il y a nous, se faisant tout petits pour ne pas se faire écraser, rentrant les épaules et sursautant à chaque coup de klaxon un peu trop appuyé.
Une fois par jour au minimum, une voiture nous arrête sur le bord de la route pour nous prendre en photo, nous offrir une tomate, des bonbons ou du gâteau d’anniversaire. Les hommes s’adressent à Pierre qui essaie courageusement de me faire participer à la conversation, je m’incruste sur les photos alors que je n’y suis pas vraiment invitée…

Aux klaxons, s’ajoutent les appels de phares, les mines déconcertées des conducteurs ou leurs sourires ébahis, leurs signes de la main interrogeant notre présence : « mais qu’est-ce que vous foutez là ?? »

Regroupement de camionnettes bleues

Regroupement de camionnettes bleues

Ersatz de 405 peugeot, lavée dans la rivière

Ersatz de 405 peugeot, lavée dans la rivière

Dessert de bord de route

Dessert de bord de route

Après un rapide pique-nique au bord de la route, une femme s'approche avec deux tasses de thé !

Après un rapide pique-nique au bord de la route, une femme s’approche avec deux tasses de thé !

EN VILLE

Le plan des villes est symétrique. A l’entrée et à la sortie, les mécaniciens et vendeurs de pneus. Puis s’alignent les camionnettes bleues vendeuses de fruits. Au centre des dizaines de commerces identiques que j’appelle « épicerie à bonbons » où on trouve majoritairement des sucreries. Il faut aller de l’une à l’autre pour espérer trouver de quoi faire un repas complet.
Impossible de passer inaperçus. Le moindre arrêt provoque un attroupement d’une dizaine de personnes, des hommes bien sûr, qui s’adressent à Pierre bien sûr. Ils sont curieux et désireux de nous rendre service. C’est à la fois excitant et oppressant. L’anonymat de Paris nous manque un peu parfois.
Il faut compter deux bonnes heures pour faire nos courses : le temps de faire une photo avec le boulanger, d’imiter une abeille pour se voir proposer une tapette à mouche à la place du miel, d’expliquer qu’on veut du riz mais pas un sac de 10 kg, de prendre le thé dans l’arrière boutique de l’épicerie…

Entre Orumiye et Abhar, le paysage est superbe, c’est assez désertique, on traverse des petits villages de maisons en terre et paille, des bergers sortis de nulle part surveillent leurs troupeaux au milieu des champs.

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Costumes kurdes

Costumes kurdes

Sur notre route, près de la ville de Tekab, un vestige de la religion zoroastre, antérieure à la religion musulmane. Des temples entourent un lac d’altitude d’un bleu profond, l’eau est chaude. A 1km, on monte en haut d’un dôme qui s’avère être en fait un immense cratère de 80 m de profondeur, impressionnant.
On est accueilli dans un petit village des environs par la famille d’Abdullah. Sa nièce Nashmil sauve notre soirée en apportant un dictionnaire anglais-farsi : notre liste de vocabulaire double. Comme souvent, on tente d’établir un arbre généalogique de la famille et nous ne rêvons pas, Abdullah a bien deux femmes ! Qui vivent avec lui sous le même toit ! L’une d’elles tisse un tapis à la main, le geste est rapide et précis, c’est impressionnant.

Chez Abdullah, l'homme aux deux femmes

Chez Abdullah, l’homme aux deux femmes

Femme N°1, au tissage

Femme N°1, au tissage

La veille de notre arrivée à Téhéran, un doute nous arrête sur le bord de la route : sont-ce des chameaux de l’autre côté du bitume ?? On s’approche avec nos vélos d’un gros bonhomme assis près d’un enclos en brique. On échange quelques mots avec le bougre et on comprend qu’il transhume une centaine de chameaux entre Téhéran et Qazvir ! Il nous laisse nous approcher des bêtes. Le spectacle est magique, le déplacement lent du troupeau éparpillé semble émaner d’un rêve. A la tombée de la nuit, on s’associe aux bergers pour rapatrier les animaux. On est invité à rejoindre le campement et à partager le repas des chameliers, éclairés toute la soirée par les pleins phares d’une voiture. Plus de batterie, poussez messieurs !

Au  petit matin

Au petit matin

Allez chauffe Marcel !

Allez chauffe Marcel !

A TEHERAN

L’arrivée dans cette ville tentaculaire est épique. Alors que les voies de circulation se multiplient, le code de la route devient inexistant : marche arrière, contre-sens, réparation de sa roue crevée en double-file, queue de poisson, arrêt impromptu, tout est permis ici ! Le bruit et le mouvement nous font un trou dans la tête mais on arrive sains et saufs à notre hôtel.

PAUSE, avant de se lancer dans l’infernale chasse aux visas.

Un grand merci à Solmaz et Mustapha, nos hôtes warmshower pour quelques jours, nos nouveaux parents !

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D’Ankara à Erzurum

Deux jours après Ankara, cette petite grotte en bord de route nous appelle : camping obligatoire. Un 24 janvier en Turquie, il ne fait pas chaud, mais le soleil veille. De petits villages sont perdus au milieu du plateau désertique, quelques bergers s’occupent à garder leurs brebis et chèvres angora, à pied ou à dos d’âne. Parfois, un ou deux kangals se ruent sur nous. Mais souvent le coeur n’y est pas. Pas besoin d’avoir peur. Surtout ne pas l’exciter, le kangal adore faire la course. Il suffit de ralentir et de lui parler gentiment, de lui dire qu’on veut pas d’emmerdes.

Arrivés un peu vite en haut d’une côte, l’âne prend peur et détale. Le berger tombe à terre. « Vous auriez du klaxonner ! « , nous fait-il comprendre, se relevant rouge et étourdi… en ramassant le pistolet tombé de sa ceinture !

Coin douillet dans la grotte

Coin douillet dans la grotte

Le Kangal et son collier anti-loup...

Le Kangal et son collier anti-loup…

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Brebis à l’oeil noir, la race locale

Le lendemain, la route jusqu’à Gulsehir est splendide. Le long d’une rivière, nos premières maisons troglodytes, au milieu des villages. Ici une grange, là un poulailler. C’est le début de la Cappadoce !
A la tombée du jour, nous arrivons sur le site d’Açik Saray. Le gardien s’apprêtait à partir mais… nous laisse finalement entrer avec nos vélos. Retour en enfance pour explorer les dizaines d’habitations creusées dans les rochers : une grande église troglodyte sera notre toit cette nuit ! En ce petit matin d’hiver, le site est aussi désert que la veille, la visite continue.

Notre maison

Notre maison

Le studio du JT

Les studios du JT n°100

Quelques kilomètres plus loin, la vallée de Cat abrite des dizaines de pigeonniers troglodytes, abandonnés depuis une quinzaine d’années. On y récupérait la fiente des oiseaux pour en faire de l’engrais. Pas un touriste en vue, ni même un pigeon.
Trois petits garçons rencontrés sur la place du village nous rattrapent en courant, leurs paquets de chips à la main. Quand le premier abandonne le sachet vide au bord du chemin, Pierre se fâche et essaie de le lui faire ramasser : rien à faire, c’est l’incompréhension totale, des deux côtés.

Les guides

Les guides

Pigeonnier

Pigeonnier

Les premières cheminées de fées

Les fameuses cheminées de fées

Au milieu de la vallée, des locaux fêtent le retour au pays d'un homme politique. Alors qu'on vient de finir notre pique-nique, on nous offre un délicieux kebap tout frais qu'on ne peux pas refuser

Au milieu de la vallée, des locaux fêtent le retour au pays d’un homme politique. Alors qu’on vient de finir notre pique-nique, on nous offre un délicieux kebap tout frais qu’on ne peux pas refuser

Nous nous installons au café du village après une bonne journée de marche, dans l’espoir qu’un curieux s’intéresse à nous et peut-être nous invite chez lui, mais ce soir ça ne prend pas. Au moment de payer les nombreux çaï consommés, le serveur nous indique la table de deux hommes, ils ont tout réglé ! Touran parle quelques mots d’anglais et nous propose de le suivre chez lui. Il vit avec sa maman de 85 ans et se fait servir comme un prince. La pauvre dame s’essouffle à aller chercher les cigarettes, puis le briquet, puis le thé… Plus que deux mois et Touran se remariera. « Il n’y aura plus de problème » nous dit-il ; sous-entendu, sa mère pourra se reposer et sa nouvelle femme s’occuper de la maison.

Touran et sa maman

Touran et sa maman

Cette région est un véritable gruyère. Hommes-souris, où etes vous ?
La vallée d’Ilhara était le refuge de communautés religieuses au 10eme siècle. Les parois du canyon abritent plusieurs églises richement décorées.
Quelques kilomètres plus loin, à Derinkuyu, c’est une ville souterraine tout entière qu’on a construite. Véritable labyrinthe, on pouvait ici tenir un siège en cas d’invasion. Huit étages sous terre avec tout le necessaire pour vivre : étables, églises, écoles, logements, hamams…

Vallée d'Ilhara

Vallée d’Ilhara

A l'heure du coucher de soleil

A l’heure du coucher de soleil

Camping troglodyte

Camping troglodyte

Concert de Ukulele dans un hangar de patates troglodyte

Concert de Ukulele dans un hangar de patates troglodyte

Urgup, Göreme et Uschisar : tourisme en Cappadoce. Les publicités pour les hôtels se multiplient sur le bord de la route, les bus de touristes aussi, on y est presque. Première escale dans la Vallée rouge. Le parking, désert à notre arrivée, est soudain submergé par une dizaine de 4×4 vrombissant. Tels des gladiateurs descendant dans l’arène, des coréens prennent trois photos au milieu d’un nuage de poussière, boivent un thé et repartent. « Ils font un safari », nous a informé le guide. Retour au calme, la vallée est à nous !

Touristes coréens en grande pompe

Touristes coréens en grande pompe

Plus un bruit, les cheminées de fées et nous

Plus un bruit, les cheminées de fées et nous

Le python d'Uschisar

Le python d’Uschisar

Culture de la vigne en milieu phalique

Culture de la vigne en milieu phallique

Au retour de la balade, un petit mot sur nos vélos : Binh et Alessio, des collègues de voyage sont passés par là et nous rejoignent pour le pique-nique. Ils roulent vers le Vietnam pour s’y installer. On se retrouve le lendemain pour camper ensemble et se raconter nos aventures. Thibault, un autre cycliste français se joint à nous. Au menu ce soir, la délicieuse soupe au yaourt d’Alessio. Toujours partager ses repas avec un chef cuisto ! Binh et Alessio (enfin surtout Alessio, non ?) transportent dans leurs sacoches une planche à découper, une râpe à carotte, une machine à faire des spaetzle… La soupe en sachet c’est pas pour eux. Nous leurs dédions nos prochains repas en adoptant la salade de chou rouge et la sauce au yaourt dans tous les plats.

FormatFactoryIMG_4689FormatFactoryIMG_4699Jusqu’à Kayseri, nous roulons ensemble. Ils ont prévu de prendre le bus pour rejoindre la Mer Noire. Un vent maudit s’est levé, la progression au milieu du désertique plateau anatolien est pénible. 8km/h sur le plat, faut pas déconner.
Le lendemain, justice enfin, un vent béni nous pousse toute la journée. A la pause de midi, on a déjà avalé 70 km. Le record est pour aujourd’hui, sans aucun doute. Le vent a apporté avec lui quelques nuages, et la neige se remet à tomber. Un tunnel sous la voie ferrée fera l’affaire pour nous abriter cette nuit. Le temps de monter la tente, la flaque à l’autre bout du tunnel s’est transformée en un petit filet d’eau qui se dirige lentement mais sûrement vers notre campement. Frénétiquement, nous construisons un barrage à base de bâche en plastique et de ballast…

Campement insolite 1

Campement insolite 1 – Un peu trop de voisins, mais discrets

Campement insolite 2

Campement insolite 2 – Un peu bas de plafond

Après Sivas, nous nous décidons à quitter notre nationale confortable mais monotone pour une petite route de 300 kilomètres qui relie Zara a Erzindjan, en passant par Divriği. Pleine de promesses, elle se faufile entre les montagnes enneigées. Sur la route, quelques minuscules villages sont indiqués sur la carte.

Nous avons campé près de Zara, au pied d’un bosquet d’arbres surplombant un ruisseau. Au petit matin, la condensation à l’intérieur de la tente est givrée. Nos gourdes également, ce qui occasionne une cueillette de neige pour le thé. En suivant, l’ascension du col de Karabel Geçidi, à 1850 mètres d’altitude, est douloureuse. Le beau soleil a fait place à un brouillard glacé qui se dépose sur nos vêtements et gèle instantanément. Dans la descente, nous nous arrêtons incessamment pour faire des moulinets de bras. Le sang revenu, nous reprenons la route pendant deux cent mètres pour nous arrêter encore. Dans un petit village, alors que nous déjeunons pres d’une caserne minable de la jandarma, le soldat de service, interrompt un instant sa garde solennelle pour se réchauffer. Suivi de son berger allemand, habitué à l’exercice, il s’élance à la poursuite des oies de la caserne.

Quelques kilomètres plus loin, un pick up de la même jandarma s’arrête à notre hauteur. Les soldats en descendent derrière leur capitaine, lequel nous questionne, incrédule, sur notre destination du soir. Pendant l’interrogatoire, plus que la discussion, la nuit tombe et nous sommes invités à rester dormir à la caserne. Nous déclinons l’offre avec déférence, mais la troupe, au spectacle, ne bouge plus. Les jeunes gens semblent sonnés par l’évènement que constitue notre passage dans leur quotidien plutôt morne. Nous engageons la fin du numéro en lançant de sonores gule gule (au-revoir).

Quelques minutes plus tard, dans un champs ou nous comptions nous installer, une voiture nous interrompt à grands coups de klaxons. Deux hommes s’avancent vers nous, complètement déconcertés par la situation. On leur explique qu’on va camper là.  Voyant qu’on ne comprend pas grand-chose au turc, ils parlent de plus en plus fort, mais ça n’arrange rien. Camper en Turquie est un sport, bien avant de planter la tente. Avant de reprendre la route, ils nous tendent un paquet en criant « Bira ! » : de la bière pour l’apéro de ce soir !!

Nous venons de refuser deux invitations, l’heure est grave ! Maintenir son corps au chaud est le travail de la soirée. Couper du bois, allumer le feu, ingurgiter des litres de thés nous aident à supporter le froid. Plus les degrés chutent, plus nos recettes sont élaborées. Ce soir et les suivants: « Fricassées de poulet sauce curry et son assortiment de cacahuètes ». La nuit, la température tombe à 10°C sous zéro. Le haut de combinaison de plongée et une pierre chaude en guise de bouillotte s’ajoutent à l’arsenal du marchand de sable.
Et si, par bonheur, il pleut ou neige pendant la nuit, la tente plantée sur la crête devient un havre de confort au milieu de nulle part.

La nationale

La nationale

Pas si moche

Pas si moche

Poulet curry

Poulet curry

Pour le thé du matin

Pour le thé du matin

Ca va, on a compris que ça montait !

Ca va, on a compris que ça montait !

Ici c'est moins clair

Ici c’est moins clair

Photo du soir, espoir

Photo du soir, espoir

Mais le matin, chagrin...

Mais le matin, chagrin…

D’Erzindjan à Erzurum, la route monte doucement, au milieu de la plaine enneigée. En trois jours, l’altitude grimpe de 1200 à 1900 m, durablement. Mais le soleil est là. « Vous avez de la chance, cette année il ne fait pas si froid. A peine – 10° la nuit alors que ça peut atteindre les – 30 ou – 40°… »

Quatre jours de vélo et deux jours d’attente de visas nous séparent de l’Iran. Changer de pays après ces deux mois passés en Turquie, c’est un peu quitter notre pays d’adoption, nos papas et mamans d’un jour. Ah le petit thé turc ! Et les pides ! Et les klaxons bienveillants !
On était quand même bien ici ! Et puis il va falloir se mettre au farsi, porter le voile, une alliance pour avoir l’air mariés…

D’Istanbul à Ankara

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6 000 !

L’hiver tant redouté est bien là. Ca se traduit pour l’instant par des températures autour de 0°C, de la pluie froide et beaucoup de neige. Impossible de dormir sous la tente dans ces conditions. Heureusement, les Turcs ont un sens de l’accueil démesuré.

FormatFactoryIMG_3158Notre sortie d’Istanbul se fait en douceur. Il fait beau enfin !
Nous passons une bonne partie de la journée à faire réparer nos vélos pendant que défilent les chaï et les cafés. On a à peine roulé 10 km que Kerem nous aborde dans la rue. A vélo lui aussi, il nous prend en pitié et nous accueille dans son appartement pour la nuit. Nous découvrons la vie des étudiants en médecine en Turquie, ça a l’air bien pire que chez nous. Pour obtenir son examen de fin d’étude, Kerem s’impose le rythme suivant : 20h de boulot – 10h de sommeil. Une bonne partie des 20h semble consacrée à rédiger de jolis post-it colorés, il y en a sur les murs de toutes les pièces !

FormatFactoryIMG_3170Nous roulons vers le Nord pour éviter l’énorme zone industrielle Istanbul – Izmir. Ce soir, la pluie s’est transformée en neige. Nous entrons dans le café d’un petit village. On nous offre le thé, on nous paye nos courses. Impossible de refuser, nous sommes les invités. Google traduction nous aide à communiquer et bientôt Turan nous invite à dormir chez lui. Nous rencontrons sa femme et ses enfants, puis les voisins qui débarquent après le repas. Au petit déjeuner, pincez-moi je rêve, Günesh a préparé des frites… le début d’une longue série !

FormatFactoryIMG_3230Les familles turques sont incroyables. Les hommes nous ouvrent les portes de leur maison et les femmes s’exécutent. Branle-bas de combat, on ne plaisante pas avec l’hôte. Chaï, nourriture à profusion, on nous fait chauffer l’eau pour la douche, on charge le poêle à bloc, on nous cède une chambre, on nous prête des pyjamas… on nous donne du temps. Après le repas, la maison se remplit de frères, sœurs, cousins, voisins. Nous dessinons plusieurs fois des arbres généalogiques pour essayer de comprendre. Parfois les branches se croisent un peu, mais bon…
Les femmes me regardent avec amour et curiosité. Elles posent des questions sur mes cheveux et me trouvent « çok güzel », elles me serrent fort dans leurs bras au moment du départ. Je n’imagine pas ce que je peux représenter pour elles avec ma liberté de femme occidentale.

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Chez Necate,

qui a 15 frères et soeurs…

Agva, station balnéaire sur la mer noire. Il pleut, il vente, on nous avait prévenu.
Nous sillonnons les rues et surprise, deux gros vélos sont garés devant un café. Brice et Quentin sont en train de négocier le prix d’une chambre d’hôtel. On n’est donc pas les seuls couillons à faire du vélo en Turquie pendant l’hiver ! On se rend ensemble à la mosquée pour tenter de demander l’hospitalité. A la télé du café attenant, les images de l’attentat parisien font la une. La télé turque aime le détail, toutes les images sont bonnes à montrer et comme ils n’en ont pas beaucoup, la vidéo tourne en boucle. On comprend pas tout mais on est très choqué. C’est étrange de vivre ces évènements depuis un autre pays, on n’arrive pas à imaginer l’ambiance en France. A la fois envie d’y être et contents de pas y être. Heureusement l’imam n’est pas rancunier et contacte une de ses amies. Pour nous ce soir, c’est hôtel de luxe aux frais de la princesse.

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3 jours passés en comagnie de Brice et Quentin

3 jours passés en compagnie de Brice et Quentin

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Deux jours de beau temps sur une petite route de campagne, le paysage enneigé et les couleurs sont superbes. Evidemment c’était trop beau pour durer. Entre Duzce et Mudurnu, la neige recommence à tomber, le froid à nous piquer les joues, à glacer nos mains et nos pieds. Nous nous réchauffons toutes les deux heures à coups de chaï.

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Apprentissage des règles de tavla ou backgammon, pour avoir l’air totalement turc

Apprentissage des règles de tavla ou backgammon, pour avoir l’air totalement turc

Chez Ismael, concert de ukulele devant tout le quartier

Chez Ismael, concert de ukulele devant tout le quartier

A Mudurnu, bains publics rien que pour nous

A Mudurnu, bains publics rien que pour nous

Meute de chiens turcs

Meute de chiens turcs

Même sans pneus neige, ça se fait bien !

Même sans pneus neige, ça se fait bien !

Le coiffeur turc, fallait pas rater ça. Moi j’ai pas pu parce qu’il y a que des coiffeurs pour hommes ici.

D’abord aux ciseaux

D’abord aux ciseaux

Tondeuse N°2

Tondeuse N°2

On te brûle les poils des oreilles

On te brûle les poils des oreilles

Puis on te les rase

Puis on te les rase

Il manque encore un peu de mousse

Il manque encore un peu de mousse

Rasage

Rasage

Il a échappé à ça (et oui mesdames, c’est bien de la cire)

Il a échappé à ça (et oui mesdames, c’est bien de la cire)

Mais pas à ça

Mais pas à ça

Eau de cologne et massage pour finir

Eau de cologne et massage pour fini

Total des opérations, il t’ont rasé la tête et t’as une moustache turque.
Heureusement qu’ils m’ont servi du thé pendant tout ce temps !

Ankara, pause.
Merci à Matthieu et Ece de nous avoir accueillis pendant ces trois jours, on s’est bien reposés et bien régalés.

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