Iran – De Maku à Teheran

Le 21 Mars, passage de la frontière. Après ces deux mois passés en Turquie, on a oublié ce que c’était qu’une douane. Et puis entre la Turquie et l’Iran, c’est pas n’importe quelle frontière. On se sentait bien en Turquie. La découverte de l’Iran nous semble très excitante mais nous inquiète un peu : va-t-on nous prendre notre ukulele à la frontière ? Comment va-t-on m’accueillir en tant que femme ?

La veille à Dogubayazit, on dépense les dernières turquish liras : une tunique taille 44 pour cacher mes fesses et des kilos de bouffe comme si il n’y en avait pas en Iran. 32km nous séparent de la frontière, il se met à neiger. Après avoir dépassé une file de 5 km de camions de toutes nationalités, on arrive à la grille, dont l’ouverture semble assez aléatoire. On avale une soupe dans la dernière lokanta de Turquie, le moment pour moi de me déguiser en iranienne avec cette magnifique chemise et ce voile qui me fait des œillères. Mais comment font-elles ??

La grille s’ouvre. Deux douaniers s’occupent de nous dans un hall surchauffé pendant que les vélos patientent sous la neige. Il n’y a pas grand monde et ça a l’air efficace. Sauf qu’on nous rappelle à quatre reprises pour des vérifications supplémentaires. La scène se déroule sous le regard des deux grands mollahs iraniens, feu Khomeni, au regard sombre et son successeur Khamenei, plus souriant. Le régime se serait-il assoupli ? Pas vraiment semble-t-il, il s’agit plutôt d’une opération de com.

Les deux compères

Enfin on nous libère. La nuit va tomber mais on se décide à rejoindre Maku, la ville la plus proche, pour ne pas croupir dans un hôtel miteux de la frontière. On jette un dernier regard en arrière pour saluer le mont Ararat, qui sort enfin sa tête des nuages. Ces 15 premiers kilomètres sont une épreuve : on navigue entre les dos d’ânes et les nids de poules, les voitures, les camions.
Arrivée à Maku. Il fait nuit, on entre chez un concessionnaire de voitures pour demander l’hôtel le plus proche. Une brochette de jeunes hommes nous accueillent à bras ouverts. On enchaîne tchaïs, partie de backgammon, photos de groupe, puis à l’étage apéro vodka-cola… c’est pas tout à fait comme on l’avait imaginé ! L’un d’eux nous retrouve dans une heure pour nous emmener au resto.

Sur le chemin de l’hôtel, une voiture s’arrête : Saeid a étudié en France et est ravi d’échanger avec nous. Il nous escorte jusqu’à l’hôtel et nous invite également ce soir, manger les fameux pieds de moutons…. Très peu pour nous, on lui donne rendez-vous pour le petit déjeuner.

Les iraniens sont accueillants, c’est rien de le dire et c’est que le début!

1er contact, apéro vodka-cola !

Au resto ou dans les maisons, on mange par terre

Le lendemain, pneu à plat, le début d'une longue série...

Le lendemain, pneu à plat, le début d’une longue série…

Ici on mange du lavash, sorte de pain-crêpe qui sèche en deux minutes lorsqu’on la déloge de son sac plastique. On dirait du papier bulle, il est vendu par sacs de 1kilo. Autant dire qu’on le mange souvent sec.

Ici on mange du lavash, sorte de pain-crêpe qui sèche en deux minutes lorsqu’on la déloge de son sac plastique. On dirait du papier bulle, il est vendu par sacs de 1kilo. Autant dire qu’on le mange souvent sec.

SUR LA ROUTE

On démarre notre séjour sous le soleil, l’hiver et la Turquie nous semblent déjà loin. Mais les premiers kilomètres sont effrayants. Beaucoup de circulation, des chauffeurs avides de vitesse et qui n’hésitent jamais à doubler : y aura bien de la place pour trois. On s’installe sur le bas-côté, pas toujours très confortable, et on serre les fesses. En Turquie, l’essence était si chère qu’on était souvent seul sur les deux fois deux voies. Ici le carburant ne coûte rien : les heureux propriétaires aiment sillonner les routes du pays.
Comme en Turquie, on nous encourage à coups de klaxons mais avec ce trafic démultiplié, on en prend plein les oreilles, et on n’a pas toujours le courage de répondre.

On peut relever trois principaux types de véhicules :
– la 405 Peugeot. Blanche ou grise, y en a partout. Toutes les autres voitures sont des imitations.
– la camionnette bleue. A un, deux ou trois étages. On peut tout y transporter : brebis, vaches, ânes, chevaux, électroménager, canapés, fruits et légumes, poutres métalliques bien trop longues, bois, sacs de graines…
– les longs camions transporteurs de gros cailloux numérotés. Ça reste un mystère.

Et puis il y a nous, se faisant tout petits pour ne pas se faire écraser, rentrant les épaules et sursautant à chaque coup de klaxon un peu trop appuyé.
Une fois par jour au minimum, une voiture nous arrête sur le bord de la route pour nous prendre en photo, nous offrir une tomate, des bonbons ou du gâteau d’anniversaire. Les hommes s’adressent à Pierre qui essaie courageusement de me faire participer à la conversation, je m’incruste sur les photos alors que je n’y suis pas vraiment invitée…

Aux klaxons, s’ajoutent les appels de phares, les mines déconcertées des conducteurs ou leurs sourires ébahis, leurs signes de la main interrogeant notre présence : « mais qu’est-ce que vous foutez là ?? »

Regroupement de camionnettes bleues

Regroupement de camionnettes bleues

Ersatz de 405 peugeot, lavée dans la rivière

Ersatz de 405 peugeot, lavée dans la rivière

Dessert de bord de route

Dessert de bord de route

Après un rapide pique-nique au bord de la route, une femme s'approche avec deux tasses de thé !

Après un rapide pique-nique au bord de la route, une femme s’approche avec deux tasses de thé !

EN VILLE

Le plan des villes est symétrique. A l’entrée et à la sortie, les mécaniciens et vendeurs de pneus. Puis s’alignent les camionnettes bleues vendeuses de fruits. Au centre des dizaines de commerces identiques que j’appelle « épicerie à bonbons » où on trouve majoritairement des sucreries. Il faut aller de l’une à l’autre pour espérer trouver de quoi faire un repas complet.
Impossible de passer inaperçus. Le moindre arrêt provoque un attroupement d’une dizaine de personnes, des hommes bien sûr, qui s’adressent à Pierre bien sûr. Ils sont curieux et désireux de nous rendre service. C’est à la fois excitant et oppressant. L’anonymat de Paris nous manque un peu parfois.
Il faut compter deux bonnes heures pour faire nos courses : le temps de faire une photo avec le boulanger, d’imiter une abeille pour se voir proposer une tapette à mouche à la place du miel, d’expliquer qu’on veut du riz mais pas un sac de 10 kg, de prendre le thé dans l’arrière boutique de l’épicerie…

Entre Orumiye et Abhar, le paysage est superbe, c’est assez désertique, on traverse des petits villages de maisons en terre et paille, des bergers sortis de nulle part surveillent leurs troupeaux au milieu des champs.

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Costumes kurdes

Costumes kurdes

Sur notre route, près de la ville de Tekab, un vestige de la religion zoroastre, antérieure à la religion musulmane. Des temples entourent un lac d’altitude d’un bleu profond, l’eau est chaude. A 1km, on monte en haut d’un dôme qui s’avère être en fait un immense cratère de 80 m de profondeur, impressionnant.
On est accueilli dans un petit village des environs par la famille d’Abdullah. Sa nièce Nashmil sauve notre soirée en apportant un dictionnaire anglais-farsi : notre liste de vocabulaire double. Comme souvent, on tente d’établir un arbre généalogique de la famille et nous ne rêvons pas, Abdullah a bien deux femmes ! Qui vivent avec lui sous le même toit ! L’une d’elles tisse un tapis à la main, le geste est rapide et précis, c’est impressionnant.

Chez Abdullah, l'homme aux deux femmes

Chez Abdullah, l’homme aux deux femmes

Femme N°1, au tissage

Femme N°1, au tissage

La veille de notre arrivée à Téhéran, un doute nous arrête sur le bord de la route : sont-ce des chameaux de l’autre côté du bitume ?? On s’approche avec nos vélos d’un gros bonhomme assis près d’un enclos en brique. On échange quelques mots avec le bougre et on comprend qu’il transhume une centaine de chameaux entre Téhéran et Qazvir ! Il nous laisse nous approcher des bêtes. Le spectacle est magique, le déplacement lent du troupeau éparpillé semble émaner d’un rêve. A la tombée de la nuit, on s’associe aux bergers pour rapatrier les animaux. On est invité à rejoindre le campement et à partager le repas des chameliers, éclairés toute la soirée par les pleins phares d’une voiture. Plus de batterie, poussez messieurs !

Au  petit matin

Au petit matin

Allez chauffe Marcel !

Allez chauffe Marcel !

A TEHERAN

L’arrivée dans cette ville tentaculaire est épique. Alors que les voies de circulation se multiplient, le code de la route devient inexistant : marche arrière, contre-sens, réparation de sa roue crevée en double-file, queue de poisson, arrêt impromptu, tout est permis ici ! Le bruit et le mouvement nous font un trou dans la tête mais on arrive sains et saufs à notre hôtel.

PAUSE, avant de se lancer dans l’infernale chasse aux visas.

Un grand merci à Solmaz et Mustapha, nos hôtes warmshower pour quelques jours, nos nouveaux parents !

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2 réflexions sur “Iran – De Maku à Teheran

  1. Quel plaisir d’avoir de vos nouvelles après toutes ces semaines passées !
    la Chorale vous transmet un grand bonjour et vous souhaite encore plein de belles découvertes et belles de rencontres qui vous et nous charmeront.
    à très vites.

    Laurence

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